Un frisson dans la nuit : antisocial, sapristi !

samedi 8 mai 2021 par bidonfumant |

Je ne sais pas depuis combien de temps je n’ai pas entendu antisocial.

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Je lis le journal, tous les journaux, écoute les infos, toutes les infos et j’entends que tout ce que "je" veux, c’est de la sécurité, pas de la liberté, de la justice.
Toujours plus de police, de prison et de justice et quelle justice, dont il est impossible de violer les vices.
Je ne sais plus depuis quand je n’ai pas écouté antisocial…
Des gens meurent dans la méditerranée et il faudrait que je sois en sécurité, il y a la queue devant les bureaux western union, nous voudrions séparater, parait-il.
Je marche dans la rue un masque noir sur la bouche, noir , je ne sais pas pourquoi, il n’y a pas plus de pharmacien anarchiste que de banquier. Je regarde devant moi, un pâté de maison, un barrio pour l’exotisme, populaire où j’ai passé ma jeune vie dans ses restos ouvriers, à tenter parfois la quine et il n’en reste rien.
Je tourne la tête à droite, les clodos (je ne sais plus comment nommer) ils ne sont pas vraiment sans logis, mais ils viennent au même endroit tous les jours, comme on va au bureau, j’avais pensé à cariatide, mais je pense et je penche plutôt pour des animateurs de rue. Leur parler, à ceux qui tiennent permanence pour certaines personnes de mon quartier est la seule relation sociale de la journée avec la caissière et la boulangère.
Ne pas oublier parfois de leur donner la pièce, on sait comme la Mairie de Toulouse paie mal ses animateurs.
Je tourne la tête à la gauche, les prostituées bulgares et roumaines. Rien de spécial à dire, je ne suis pas client, ni moraliste, ni accusateur. La prostitution peut être un choix, mais pas sûr que là, ce le soit. Mines tristes, défaites, j’ose un bonjour souriant, pas de réponse.
Derrière moi, huit smigs annuels électriques passe silencieusement. Les riches sont de plus en plus cons, frimer avec un truc qui ne fait pas de bruit. Ah le bon temps des Testarossa et Carrera.
Je ne sais depuis quand je n’ai pas écouté antisocial
J’ai lu dans un bouquin d’Édouard Louis, une citation de Roland Barthes sur l’art de vivre bourgeois, le fait d’être un indécrottable membre de la classe populaire ne m’empêche pas quelques curiosités : « Roland Barthe : son rêve (avouable ?) serait de transporter dans une société socialiste, certain des charmes de l’art de vivre bourgeois. S’oppose à ce rêve le spectre de la Totalité qui veut que le fait bourgeois soit condamné en bloc, et que tout échappée du Signifiant soit punie comme une course dont on ramène la souillure. Ne serait-il pas possible de jouir de la culture bourgeoise (déformée) comme un exotisme.
Comme la bourgeoisie l’a fait au siècle dernier en venant s’encanailler dans les bouges ouvriers.
Non pas vivre comme des bourgeois, mais s’encanailler parfois de la bourgeoisie.
Or ce qui s’est passé et cela revient à ce désir de sécurité insatiable qui nous coûte la liberté de l’encanaillement, c’est que le modèle bourgeois s’est imposé.
Premier problème la propriété et pas seulement immobilière, c’est toujours surprenant de voir tous ces gens qui se baladent avec 1000€ dans la main. Un appareil plus ou moins utile et qui est certainement le même que celui de Pinaud ou Arnaud. Propriété qui est posée comme le complément de retraite indispensable puisque les loyers augmentent déraisonnablement et les retraites baissent tout aussi déraisonnablement.
Je ne sais depuis combien de temps, je n’ai pas entendu antisocial.
Deuxième problème : L’autre me dérange. Je ne peux me voir qu’à travers l’autre et le comportement de l’autre, soit se mêler de ses affaires, en citant bêtement ma liberté commence ou s’arrête celle de l’autre mais en supposant que la liberté n’a qu’une seule définition la mienne. Or, ici, l’État se sert de cette limitation de la liberté provoquée par la technologie pour poser de plus en plus de lois restrictives de la liberté.
En plus, plus les moyens d’investigations ont performants et plus les libertés devraient être plus grandes, or c’est bien du contraire dont il s’agit. La double peine liberticide.
Et puis les lois sur la laïcité qui sont supposées promouvoir la liberté, se révèlent de plus en plus restrictive.
Tiens prenons le voile. On nous dit qu’il est le signe de la domination masculine, c’est un plus, donc ; comment se rendre compte de la domination masculine chez les cathos ou les athées, attendre l’œil au beurre noir.
À quoi ça peut bien servir de dire qu’une domination est moins visible qu’une autre, que dire de la différenciation sexuelle des salaires, plus visible si on porte le voile ?
Et puis si une femme seule porte le voile va-t-on y voir la marque de la pression communautaire ou de la soumission à une entité de l’éther insupportable.
Stupide et pas très étayé, c’est sûr. On veut simplement faire payer à l’autre notre supposé mal de vivre.
Je ne sais depuis combien de temps, je n’ai pas entendu antisocial.
Troisième problème :
La sécurité, certains au pouvoir ou en passe de l’être, la presse ont imposé comme thème principal des Français, ce qui rend dérisoire toutes les autres problématiques, celle de l’emploi, du chômage, de la retraite, de la couverture sociale.
Peut-être après tout que la France est un peuple de veaux (inconsience de classe), comme le disait un personnage célèbre dont l’enterrement n’a pas été commenté par Stéphane Bern.
Tu bosses toute ta vie pour payer ta pierre tombale,
Tu masques ton visage en lisant ton journal,
ÇA FAIT LONGTEMPS QUE JE N’AI PAS entendu antisocial…
Et puis
J’en ai marre de voir Emmanuel Macron utiliser le namaste à tort ou à travers comme s’il avait suffisamment d’humilité pour s’incliner devant qui que ce soit, où que même il soit capable d’imaginer par ce geste que l’esprit de son interlocuteur et le sien puisse se rencontrer. C’est un non-sens détestable pour l’homme qui arrive même à mépriser les Amish.
Les discours les plus fous circulent partout alors que
Tu voudrais dialoguer sans renvoyer la balle,
Impossible d’avancer sans ton gilet pare-balle qui n’est pas jaune.
En fait simplement vivre ensemble en ne pensant pas aux supposés frictions décrites par les politiques. Pensons par nous-mêmes, nous n’avons pas besoin de cerveaux extérieurs, fussent-ils présidentielles et/ou bourgeois. Les minorités visibles ne partiront pas et ne se soumettront pas, tous les genres ne disparaitront pas, il est hors de question après des années de service de subir des années de sévices.
Ça fait donc longtemps que je n’ai pas entendu antisocial, alors je vais remédier à ça et en même temps, non, pas ça, et en suivant, posé par Ken Loach, dans moi Daniel Blake, la priorité des priorités, plus de mépris de classe plus d’atteinte à la dignité de ceux d’en-dessous.




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