J’écris d’en bas…

samedi 3 mars 2018 par bidonfumant |

Entourée de tout un tas de macronneries, me rappelant de ce qu’on disait du miracle économique espagnole dans les années 2010, j’ai retrouvé cette émission de 2013 qui décrit l’Espagne de la crise. Et je ne suis pas sûr qu’aujourd’hui , ça aille mieux.
À suivre.

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Il est des hasards qui donnent sens à toutes nos intuitions.
Je ne lis jamais Libération pour tout un tas de raisons qui n’ont pas grande importance et que vous partagez sans doute avec moi
Je ne lis jamais Libération et cependant cette année, l’été de cette année, j’ai lu Libération.
Je partais en voyage, décidé à faire exploser mon quotient carbone.
J’ai donc acheté le libération du 18 juillet 2013. Je l’ai parcouru rapidement.
Décidément, je ne savais pas comment lire ce journal, je n’y vois rien à lire mais je l’ai posé dans mon sac.
Après une sourate dite par le pilote d’avion qui semblait mettre Allah à contribution pour le décollage (ce qui ne m’a guère rassuré, je dirais même que ça m’a plutôt inquiété, on prête beaucoup de choses à Allah , mais je n’ai jamais entendu qu’il avait son brevet de pilote), nous décollons , nous nous stabilisons à 40000 pieds, nous mangeons et je n’ai pas sommeil. Je regarde ce qu’il y a dans mon sac : la chasse à l’homme et théorie du drone de chamaillou, soigner les âmes de berttand hell, la propagande du quotidien d’Éric Hazan, l’actuel malaise dans la culture de François Richard et géographie de la domination de Gérard Harvey. Mais dans cet avion, je ne tenais pas à me prendre la tête et j’optais donc pour libération, la partie rebonds ; je suppose que c’est une partie proposée à des non journalistes.une confrontation de points de vue et qui vire au télescopage entre deux façons d’appréhender le réel, une égocentrique (comment faire pour être réélu), l’autre personnelle intime, une parole de la souffrance qui ne peut se satisfaire de la trivialité d’un bulletin de vote. Telle ment profond et grave l’antagonisme que nous n’entendons qu’une voix.
Page 18 Avoir les idées claires face au front national et page 19, j’écris d’en bas de la partie effondrée de l’Espagne. Vous imaginez sans mal ce qui m’a intéressé , surtout qu’une illustration rendait l’article encore plus indispensable ; une femme rousse qui s’efface petit à petit , une clé derrière qui contextualise ce qui a été et n’est plus comme cette effacement progressif vers la disparition . Mais allez savoir pourquoi, la bêtise sans doute, ou une certaine perversion d’aller voir qu’au niveau politique rien n’a changé, l’utilisation du même argumentaire , de la même peur, les mêmes instrumentalisations, le même recours obsolète au front républicain qui fait que beaucoup votèrent pour Chirac en 2002.
J’ai lu ce texte de Stéphane Le fol ministre de la forêt mais qui ne sait sans doute pas que l’arbre cache toujours la forêt et d’un certain Guillaume Bachelay, secrétaire du parti socialiste à la coordination (ne me demandez ce que c’est, mais à première vue c’est un poste qui n’est pas très efficace).
Au début je voulais lire ce texte d’un socialisme bon teint et culpabilisant qui tendrait à dire que si des gens votent front national , c’est qu’ils ne sont pas au courant ou qu’ils n’ont pas bien compris ce que fait le PS pour nous. Ils ont oublié les deux compères amis de l’agriculture l’affaire Jospin.
Je voulais donc lire ce texte et le confronter à celui de Christina falleras sans aucun commentaire le recto et verso de ces pages rebond de libération du 18 juillet et le choc se suffira à lui-même. Mais voilà cet article des deux socialistes en goguette à la recherche d’improbables voix dans le journal de leur électorat est illisible, non pas que mes larmes aient effacé les caractères plombés, les larmes c’est l’en-bas qui les a provoquées.
Alors de cette indécence politique qui ne veut rien entendre du réel, je n’ai pas à en parler et je ne peux ni ne veux en parler, vous entendrez ce discours largement durant l’année 2014.
J’en décline simplement quelques phrases…
Le Fn doit être caractérisé pour ce qu’il est :un parti nationaliste qui exacerbe les peurs et prône l’exclusion (ah bon).
Le vote républicain doit rester notre mot d’ordre (ah , bon).
Nous devons expliquer que le programme Fn conduirait le pays à la faillite et aggraverait la situation des Français (ah bon).
Je vais vous lire cette partie , tiens vous verrez ce que ça fait comme effet confronté au texte suivant.
Alors bien sûr ; certains fâcheux qui ne veulent rien comprendre diront , mon petit Bernard, le front national , c’est vilain. Oui, je sais, c’est vilain , mais j’ai de plus en plus de mal à classer les vilains.je me refuse à tout populisme et à toute argumentaire facile mais j’aime bien mes voisins, cette petite vieille courbée à 75° qui va chercher son pain, ce plombier aux mains rugueuses que je croise les matons où je me lève suffisamment tôt, celui qui fait le cochon tous les janviers depuis au moins trente ans, la vieille mamie marocaine à qui je remonte le sac, la jeune punkette avec son chien hercule, le résident de l’appartement thérapeutique qui s’évertue à essayer de m’intéresser à la météo, et tous les autres. Je ne sais pas ce qu’ils votent et je m’en fous mais ce dont je suis sûr , c’est qu’ils ne croient plus aux idées claires et à la transparence (ah bon).
Je vais vous laisser avec Christina falaras et vous entendrez où je veux en venir , non ce n’est pas ça.
Je veux en venir à rien, je ne suis pas en train de faire campagne ; je veux juste montrer l’impasse, l’impuissance politique dans laquelle nous sommes plongés et qu’il nous faut contourner, dépasser mais avant toute chose que le discours politique est tout sauf politique.
Chrisitna falaras, j’écris d’en bas de la artie effondrée de l’ Espagne, celle que les économistes ne veulent pas voir ni entendre, eux qui vantent la reprise espagnole et toutes ces fadaises que ne manquent jamais de raconter quelques experts éclairés à qui il faudrait sans doute changer les piles.

J’écris d’en bas de la partie effondrée de l’Espagne

En 2008, enceinte de huit mois, l’écrivaine espagnole Cristina Fallarás a été licenciée par le journal où elle travaillait comme sous-directrice. C’était le début du commencement de la débâcle d’un pays où sombrerait une grande partie de ses concitoyens. En novembre 2012, Cristina a reçu une lettre de la banque : pour cause de non-paiement, celle-ci a démarré une procédure d’expulsion. La lauréate du prix Hammett 2012 du meilleur roman policier en langue espagnole décrit ici cette chute : « Raconter nous sauve », dit-elle, et elle détaille l’angoisse de ceux qui sont broyés par le système. Après avoir dû rendre les clés de son appartement le 25 juin, elle est aujourd’hui provisoirement hébergée chez un ami.

Je m’appelle Cristina Fallarás et je suis devenue l’expulsée la plus médiatisée d’Espagne. J’aurais préféré parler d’autre chose, mais l’époque et le pays imposent ce genre de sujet. Le mardi 13 novembre de l’an dernier, à 19 h 40, quelques heures avant le début de la deuxième grève générale de l’année en Espagne, un individu de la 20e chambre de Barcelone a sonné à la porte de mon appartement de la place Universidad. On entendait déjà les hélicoptères de la police, et les pétards des premiers piquets de grève qui mettaient toujours chez nous un petit air de fête. A l’instant précis où mon fils Lucas a ouvert la porte et dit « Maman, c’est un monsieur », j’ai cessé, je ne sais pas encore pour combien de temps, d’être écrivaine, journaliste et éditrice, pour devenir une expulsée qui pouvait témoigner par écrit, et argumenter devant une caméra. Un récit en direct, à la première personne, c’est pratique et ça fait mouche. La Sainte Trinité du journalisme : objet, sujet et analyse, trois en une.

Je me méprise de me détendre, je me battrais, mais je me détends. Je suis une expulsée, comme tant d’autres. Mais je peux encore raconter, et cela me sauve. Et après, quelquefois, je vomis.

Traduit de l’espagnol par Claude Bleton.

Illustration Sylvie Serprix
Cristina FALLARÁS Ecrivaine, journaliste




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